Idriss Deby Itno Président de la republique du Tchad
 Idriss Deby Itno Président de la republique du Tchad

Le Tchad n’a plus connu d’élections législatives depuis 2011. Faute d’argent selon son président, Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis le 2 décembre 1990. Au lieu de Représentants du Peuple, les Députés tchadiens sont plutôt devenus des fonctionnaires du Peuple. Une situation inacceptable et intolérable pour l’opposition au Mouvement patriotique du salut (MPS) au pouvoir et largement majoritaire à l’Assemblée nationale monocamérale. Mais la pandémie de la Covid-19 n’est pas venue arranger les choses, au contraire elles ont été repoussées une énième fois pour 2021.

Les dernières élections législatives au Tchad remontent à 2011. Il s’était agi, pour la circonstance, des troisièmes législatives. Comme le parlement a un mandat de quatre ans, les suivantes auraient dû avoir lieu en 2015. Malheureusement, elles n’ont pas eu lieu pour des raisons sur lesquelles il n’est plus besoin d’épiloguer. La loi no 011/PR/2015, portant prorogation de la durée du mandat du troisième Parlement, élu en 2011, fut entretemps adoptée.

Reportées à plusieurs reprises, c’est finalement la veille de la célébration de la fête de l’indépendance en 2018 que le président Idriss Déby Itno avait choisi pour dire à ses compatriotes ceci : « Nous n’avons pas de ressources propres pour sortir 70 milliards afin d’organiser les élections législatives.  J’ai tenu une réunion avec tous les partenaires techniques et financiers leur demandant de nous aider techniquement et financièrement d’organiser les élections législatives comme prévu ». Ironie du sort, tout en reconnaissant la nécessité de renouveler le Parlement tchadien, le chef de l’Etat constatait par lui-même que le pays n’avait pas les moyens de se payer le luxe que lui imposait son choix du pluralisme démocratique. En l’occurrence le respect des règles démocratiques. Pour prouver qu’il ne voulait pas se dérober à cette échéance électorale, le président Idriss Déby Itno avait ajouté : « Si aujourd’hui, je vous dis que nous pouvons organiser les élections législatives, je ne vous ai pas dit la vérité ».

Il n’y a pas de démocratie à crédit, comme aime à le dire l’ancien président Nicéphore Soglo du Bénin. Mais bien des dirigeants africains feignent de ne pas le savoir. Et l’on ne peut en vouloir à l’opposition tchadienne de dénoncer cet état de fait. Il aura fallu la France et un certain nombre de pays étrangers pour que l’Etat du Tchad – un Etat pourtant pétrolier depuis – soit capable d’annoncer une date pour la tenue de ses prochaines élections législatives. « J’ai été très sensible à l’engagement du président Déby d’organiser pour mai prochain des élections législatives et municipales. Et je souhaite que l’Union européenne soit aux côtés du Tchad pour ces échéances. La France le sera, à la fois pour aider à organiser, pour aider au financement », déclarera le président français. A l’occasion d’une visite au Tchad, le président Emmanuel Macron va annoncer le 23 décembre 2018 que son pays soutiendra le Tchad qui recherche quelque trentaine de milliards de francs CFA – afin de pouvoir organiser des élections législatives et municipales en 2019.En contrepartie d’un échéancier électoral. Cette intervention du Numéro 1 français dans le jeu politique tchadien n’a pas du tout plu. C’est le moins qu’on puisse dire. Elle a suscité l’ire de l’opposition tchadienne dans son ensemble qui ne pouvait comprendre que ce soit au président français d’annoncer la tenue d’élections dans leur pays. Pour Saleh Kebzabo, président de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR) et chef de file de l’opposition tchadienne : « Ce n’est ni à Macron, encore moins à Déby d’annoncer la date des prochaines élections. C’est à la CENI qui du reste n’est pas encore mise en place ».

Depuis ce temps, les choses en sont restées sans que des signes de préparation de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’incitent autrement à songer ni au recensement électoral ni à la révision du code électoral. Jusqu’à la fin 2019. Une note du Cabinet civil de la présidence de la République, faisant expressément injonction à la CENI de tout faire pour organiser les élections législatives et locales en décembre ou au plus tard en janvier 2020 est pourtant ce qui va alerter l’opposition de ce que quelque chose se trame.

Une situation préoccupante

Le Tchad se prépare bel et bien à des élections. Dans de nombreuses chancelleries occidentales, partenaires au développement du Tchad, les diplomates n’ont plus aucune réserve à confirmer ces informations. Et cette situation est bien embarrassante pour l’opposition au Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti d’Idriss Déby Itno au pouvoir. Il ne fait que la mettre davantage hors d’elle-même. Max Kemkoye, président du parti Union pour le développement et le progrès (UDP), fulmine et parle d’Idriss Déby Itno qui s’est humilié tout en humiliant le Tchad. En déclarant soucieux de la bonne préparation desdites élections ainsi que de leur tenue selon les usages, il critique le fait que la précipitation dans laquelle le régime d’Idriss Déby Itno s’engage dans le seul but de plaire ou de satisfaire aux exigences de la communauté internationale. Et il martèle haut et fort : « Pour le besoin ou le bon plaisir des partenaires il veut malgré tout organiser vaille que vaille les élections ! Mais c’est un processus jalonné par une succession d’étapes, qui se tiennent les unes aux autres et avec un temps incompressible. Ce n’est pas en moins de 200 jours qu’on peut organiser ces élections ». Et d’insister sur l’indépendance supposée de la CENI, en menaçant de « congédier tous ses membres ». Il ne veut pas s’en arrêter à la simple condamnation et menace même de porter l’affaire devant les plus hautes juridictions du pays.  Pour « parjure ». Pour d’autres opposants, il faut envisager l’éventualité de suspendre carrément leur participation à ces élections-là qui seraient certainement les plus bâclées jamais connues.

La pandémie de la Covid-19 et le nouveau report

Pendant que l’opposition et le pouvoir en place s’écharpaient quant à l’organisation des prochaines élections, un nouveau virus venu de Chine est malheureusement venu contrarier les desseins des uns et des autres. La pandémie de la Covid-19 ayant touché le monde entier. Au lieu de décembre 2020 comme fixé préalablement, les élections législatives étaient prévues pour avril 2021, en même temps que la présidentielle. C’est, du moins, ce que laissait entrevoir la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à l’occasion du nouveau report pour la cinquième fois consécutive. Mais, après avoir songé à coupler les élections législatives avec la présidentielle, la CENI a finalement publié un nouveau calendrier électoral. Il a reporté les législatives au 24 octobre 2021. Trop loin encore. Et cette date ne fait pas l’unanimité parmi les opposants au régime du président Idriss Déby Itno. Pour François Iré Kertoumar, le coordinateur de l’Action tchadienne pour l’unité et le socialisme (ACTUS), il arrange ceux qui ne veulent pas aller aux élections, notamment les députés de la mouvance présidentielle. Quoi qu’il en soit, le plus important aux yeux de Saleh Kebzabo, le chef de file de l’opposition, c’est que les élections à venir prennent en compte toutes les réformes techniques nécessaires afin d’être inclusives, crédibles et transparentes.

Contrairement aux précédents reports pour lesquels il a souvent été question de manque de ressources financières, cette fois la CENI évoque la pandémie de la Covid-19 mais aussi la saison des pluies. Ces deux facteurs conjugués ne permettent pas aux dires des responsables de l’institution chargée de l’organisation des élections de travailler dans de meilleures conditions, notamment pour ce qui concerne l’enrôlement des électeurs.

En attendant, force est de reconnaître que la situation économique du Tchad – pays producteur de pétrole depuis 2003 – n’est guère reluisante. En tout cas, pas plus que bon nombre d’autres pays pétroliers dont les ressources en dépendaient en grande partie. Frappé de plein fouet par la crise, plusieurs ajustements ont été effectués par les autorités. Au prix de nombreux sacrifices de la part des fonctionnaires de l’Etat. Autant de sacrifices qui ne vont pas sans provoquer des mouvements syndicaux et sociaux parfois très houleux.

Après plus d’une vingtaine d’années au pouvoir, ils sont légion les compatriotes d’Idriss Déby Itno qui ne croient plus au changement démocratique et à une alternance au sommet de l’Etat de son vivant.  Qu’à cela ne tienne, ils sont à présent plus nombreux à penser que dans l’intérêt de tous les Tchadiens, toutes tendances sociopolitiques confondues, il devrait plus veiller à ce que sa succession soit bien préparée. En raison de l’histoire spécifique du Tchad faite de rébellions et de conflits. Ce serait une très belle façon pour le chef rebelle devenu président de la République d’entrer dans l’Histoire par la grande porte et de léguer à la postérité un pays plutôt stable et débarrassé de ses vieux démons. S’il l’a réussi son arrivée au pouvoir en 1990 en chassant Hissène Habré, l’un des dictateurs les plus sanguinaires de son temps, il lui reste maintenant à réussir sa sortie. Ce ne sont pas ses années de gestion du pouvoir à proprement parler qui le lui permettraient, mais au contraire les décisions courageuses qu’il saura prendre dans l’intérêt de son pays. Malheureusement, dans les milieux avertis ou si l’on s’en tient aux commentaires de ses opposants, rien n’est gagné d’avance. Il y a bien des incertitudes qui planent toujours sur l’avenir du Tchad malgré les années de relative accalmie sociopolitique que le pays a connues sous Idriss Déby Itno.

Par Haroun Mahamat

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