A moins de cinq heures de route de la capitale burkinabé, les Ruines de Loropéni s’imposent au regard et à la curiosité du visiteur. Trace exceptionnellement riche d’une haute culture qui a vécu en ces lieux.
Loropéni se refuse pour l’instant à dévoiler tous ses secrets, même aux spécialises de la tradition orale et de l’archéologie.

Dr Lassina SIMPORE

Enseignant – chercheur.

Officiellement enregistrées dans les livres sacrés de (l’Unesco), le 26 juin 2009, lors de la 33ème session de son Comité du patrimoine mondial, à Séville (Espagne), les ruines de Loropéni se dressent, majestueuses, à 4km de Loropéni, elle –même située à 47km de la ville de Gaoua, chef-lieu de la province du Poni et de la région du Sud –Ouest. Le site touristique se trouve dans le « Pays Lobi », à près de 430km de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. En réalité, il existe une centaine de ruines de formes circulaire et quadrangulaire dans la portion burkinabé du pays Lobi. Toutefois, celles de Loropéni sont les plus spectaculaires.

Des murs larges de près 1,5mètre

Le site s’étant sur 11130m², en gros l’équivalent de deux terrains de football. Il a une forme proche du carré. Ses côtés mesurent 105m, les murs montent de 5 à 6m et sont larges de 1,40m à leur base ; ils se terminent au sommet par des colombins d’argile de 20à 30 cm d’épaisseur. Les bâtisseurs ont probablement utilisé des moellons de pierres latéritiques de formes variées maçonnées avec de l’argile. L’intérieur du monument est divisé en deux grands compartiment comportant chacun des pièces adossées aux murs ou isolées dans la cour.

L’observation des structures montre une certaine sophistication à la fois dans la conception et le tracé, mais aussi dans le choix des matériaux. Il a fallu pas moins de 3400m3 de matériaux pour la construire et probablement entre 500 et 800m3 d’eau. Une évaluation faire par des architectes indique que le site n’a perdu que 20% de son potentiel. Autrement dit, les installations ont particulièrement bien conservées.

Les différentes recherches signalent l’existence de deux portes correspondant aux entrées et sorties des ruines, mais jusque- là, elles n’ont pas été formellement identifiées. En termes clairs, on ne sait pas encore comment les bâtisseurs et les occupants entraient et sortaient des ruines de Loropéni. Mystère ! On comprend que plusieurs personnes aient été intriguées par ces vestiges historiques.

Les évocations du Lieutenant Schwartz dès 1902

Les ruines de Loropéni ont été évoquées pour la première fois dans les documents en 1902 par le Lieutenant Schwartz depuis lors, on dénombre plusieurs écrits sur ces monuments. Cependant, jusqu’à nos jours, il est toujours difficile de répondre précisément à des interrogations importantes comme : qui sont les auteurs ou les bâtisseurs des ruines ? En quelles année ont- été construites ? Et à quelles fins ?

Ces questions légitimes ont valu à ce bien culturel le surnom de « mystérieuses ruines du Lobi ». Pour rappeler un début de réponses sur l’identité probable des premiers occupants de Loropéni, il est bon de rappeler que le pays Lobi a connu deux moments de peuplements :

  • Une première vague qui concerne les Gan, les Koulango, les Lorhon et les Touna.
  • Une seconde vague qui regroupe les Birifor, les Dyan, les Dyula et les Lobi. Les peuples constitutifs de ce dernier groupe reconnaissent volontiers à ceux du premier le statut de premiers occupants. C’est donc au son sein de cette première vague d’habitants du pays Lobi qu’il faut remonter le cours des bâtisseurs des ruines.

C’est ainsi que les Gan et les Touna attribuent à leur ancêtres respectifs la primauté de l’occupation des lieux, même s’ils concèdent qu’en réalité les Koulango ont précédé leurs ancêtres. Cependant, à la lumière de différentes sources, les historiens en sont arrivés à la déduction suivante……

« Les traditions architecturales actuelles étant différentes de celles des ruines seule l’histoire de la mise en place des populations de la région peut permettre un début de réponse. Conformément à l’histoire du peuplement, l’antériorité d’occupation de la région est connue aux Lorhon, aux Touna et aux Koulango. Ils sont les populations autochtones du Sud-Ouest qui, dans l’histoire de la mise en place des populations du Burkina, se seraient installés avant le XVe siècle. S’il est vrai qu’à l’origine il s’agissait d’une même population, on peut en l’état actuel des connaissances dire des Lorhon-Koulango-Touna qu’ils sont les bâtisseurs des ruines de pierres de la région, notamment celles de Loropéni et ce, à partir de leur installation avant le XVe siècle. Les Gan qui seraient arrivés après eux. Mieux organisés et sans doute numériquement plus importants ont produit la dispersion ou l’assimilation de ces autochtones et se seraient appropriés leurs héritage matériel ».

Mais à quoi les ruines sont-elles pu servir ?  Aucune réponse définitive n’est encore aujourd’hui disponible. Toutefois, certains évoquent des remparts fortifiés pour se protéger d’éventuels assaillants : soit des chasseurs d’esclaves ou des hommes en quête d’or, soit des animaux féroces notamment les éléphants et ses fameux lions mangeurs d’hommes bien connus dans la région. D’autres mettent les ruines en rapport avec l’exploitation aurifère qui florissait jadis dans la région ; enfin, on en trouve qui évoquent aussi la possibilité que ce soient des entrepôts d’esclaves.

Mais à quand pourrait remonter l’histoire des ruines ?

Fouilles archéologiques

Les sources orales ne se prononces pas sur l’âge des vestiges. C’est plutôt les résultats produits par la recherche archéologique qui permet d’avoir des pistes.

Soutenues par l’UNESCO, des scientifiques ont réalisé des fouilles archéologiques à l’intérieur du site de Loropéni. Les Dr Lassina Koté et Lassina Simporé, de l’Université de Ouagadougou, ont eu à conduire les travaux. Les recherches ont porté sur des endroits supposés être des portes et des points d’eau ou à l’intérieur de structures isolées ou adossées soit aux murs d’enceinte soit au murs de partition. Les résultats ont révélé de la céramique quelque fois bien décorée, des pièces métalliques (couteaux, pointes de flèche, lame de daba) mais aussi du charbon de bois, toute chose qui montre que le site a été jadis occupé par des hommes. Cette occupation remonterait au XVe siècle, date obtenue grâce au dernier artéfact, en l’occurrence le charbon.

Les fouilles ont découvert des murs enfouis, ce qui fait croire que les ruines ont été occupées, abandonnées, puis réoccupées. Mais suivant quelles fréquences ? aucune certitude pour l’heure même si l’on dénombre cinq couches d’enduits, preuve que des entretiens étaient régulièrement réalisés. Les spécialistes font remonter au XIe siècle la date d’occupation des bases des murs et les recherches sont en cours pour préciser des dates plus précises de la construction du site lui-même. Pour sûr. La dernière occupation du site se situe au XIXe siècle. Cette évidence est soutenue par les résultats de la méthode de dendrochronologie appliquée par les botanistes sur les espèces végétales ayant poussé à l’intérieur des ruines.

Les occupant de Loropéni n’ont pas connu la mangue

Un inventaire floristique a permis de savoir que la flore de l’intérieur des ruines de Loropéni s’élève à 124 espèces tandis que dans la zone tampon on recense 153 espèces. La végétation dans ruines est de type forêt claire avec des arbres mesurant de 20 à 25 m de haut. L’étude dendrochronologie des bois des arbres morts conduite par le Sita Guinko montre que les arbres ont atteint 46 à 69 an avant de mourir. Le scientifique estime l’âge de ces arbres morts à au moins 100 ans. Les différentes observations conduisent à la conclusion que la durée d’installation des arbres dans les ruines peut être estimée à 200 ans.

Enfin, aussi curieux que cela puisse paraître, on ne trouve aucune trace des espèces étrangères comme le manguier, le neem ou le goyavier dans l’enceinte des ruines. L’absence de ces espèces qui cohabitent avec l’homme dans les habitations prouve que les ruines n’ont pas été habitées depuis la période coloniale, laquelle correspond à la période d’introduction des espèces exotiques dans le pays.

On le voit : les ruines de Loropéni font pousser pleine de questions auxquelles il est difficile d’apporter des réponses. On peut en toute logique se demander pourquoi les ruines de Loropéni ont été inscrites sur la liste du patrioine de l’Humanité.

Un témoignage exceptionnel d’une époque faste

Le Burkina Faso a élaboré une proposition d’inscription du site parce qu’il remplit un des 10 critères de l’UNESCO notamment le critère 3 : « un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue ». De ce critère relèvent par exemple les palais Royaux d’Abomey (Benin) et de Great Zimbabwe (Zimbabwé). Pour l’UNESCO, « Loropééni est l’exemple le mieux préservé d’un type d’établissement fortifié dans une vaste région de l’Afrique de l’Ouest associé à la tradition de l’extraction de l’or qui semble avoir persisté pendant au moins sept siècles. Etant donné sa taille et sa portée, Loropéni reflète un type de structures assez différent des villes fortifiées de l’actuel Nigeria, ou des villes du haut Niger qui s’épanouirent dans les empires du Ghana, du Mali et Songhaï. Elles peuvent donc être considérées comme un témoignage exceptionnel d’un type d’établissement généré par le commerce de l’or ». Le site a été aussi accepté grâce au fait que son authenticité ne faisait aucun doute tout comme son intégrité est satisfaisante : ce sont les plus grands et les mieux préservés des établissements fortifiés.

Pour l’instant, le site est dépourvu d’un certain nombre de commodités pour le fonctionnement de son administration et la gestion des visiteurs (signalétique, documentaire musée ; etc.) : Toutefois, les autorités y travaillent. Leur ambition n’est-elle pas de faires des Ruines de Loropéni, un point focal du développement durable non seulement pour la communauté locale mais aussi pour la Région de Sud- Ouest ? en attendant cette date, il vous est possible de visiter les mystérieuses Ruines de Loropéni qui gardent encore beaucoup de leurs secrets.

 

Dr Lassina SIMPORE
Gestionnaire du site de Loropéni, Enseignant chercheur à l’Université Joseph KI ZERBO. Secrétaire général du Ministère de la Culture.

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