Celui que l’on surnomme le « Lion » chez lui au Niger, en langue haoussa, en raison de sa détermination dans ses combats arrive bientôt au terme de ses années de présidence. Après ses deux mandats constitutionnels, le président Mahamadou Issoufou a décidé de ne pas tripatouiller la Constitution de son pays afin de briguer un troisième mandat. Il préfère laisser les Nigériens choisir librement celui qui doit prendre la suite. Mission accomplie, avec un bon bilan à son actif, même s’il reste toujours quelque chose à faire.

« Je confirme que je ne modifierai pas la constitution et je ne briguerai pas un troisième mandat (…) Nourrir un projet comme celui de modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir serait tordre le coup à l’ordre institutionnel et républicain », avait déclaré le président Mahamadou Issoufou aux confrères de France24 lors d’une interview. Il est resté très constant et ferme sur cette décision. Certains de ses partisans qui avaient cru bien faire de l’appeler à briguer un troisième mandat l’auront même appris à leurs dépens. Car ils ont été placés sous mandat de dépôt et inculpés par le Tribunal de Zinder pour propositions non agréées et complot visant à détruire ou changer le régime constitutionnel. C’est tout dire !

Le chef de l’Etat nigérien tient le même discours à tous les médias qui affectionnent de lui poser toujours la même question sur la présidentielle à venir. Dans une Afrique plutôt habituée aux tripatouillages des Constitutions et à des élections truquées d’avance, le président Mahamadou Issoufou fait en effet figure d’homme politique à part. Soucieux de la pérennité des institutions démocratiques si difficiles à mettre en place dans un contexte africain. Et ils ne sont pas nombreux comme lui à avoir ainsi fait cette option de quitter les affaires publiques alors qu’ils auraient pu être tentés.

Un bilan tout à son honneur

Arrivé au pouvoir en 2011, le président Mahamadou Issoufou a été réélu en 2016 non sans contestation de l’opposition. Celle-ci avait trouvé à redire dans l’organisation des dernières élections, mais sans avoir raison devant la Cour constitutionnelle. En dix ans de gestion des affaires publiques, il faut reconnaître que le Niger a fait un grand bond en avant dans plusieurs domaines. Sous le leadership de celui qui a été l’une des figures de proue du processus de démocratisation du Niger entamée au début des années 1990. Avec la Conférence nationale souveraine qui a

Les observateurs attentifs de la scène sociopolitique nigérienne sont unanimes pour dire que son bilan est globalement satisfaisant. Le président Mahamadou Issoufou lui-même a eu à déclarer à ce sujet: « En ce qui concerne l’initiative 3N, nous avons atteint tous les objectifs que nous nous sommes fixés. Nous avons atteint les niveaux de production prévus en ce qui concerne les cultures pluviales ainsi qu’en ce qui concerne les cultures irriguées. Chaque année, même si on arrive à réaliser les objectifs, il y a toujours des zones déficitaires dans notre pays. Et donc pour soutenir les populations de ces zones déficitaires et celles qui ont été victimes des catastrophes, des inondations ou encore les populations déplacées par l’insécurité, le gouvernement a conçu et mis en œuvre un plan de soutien en collaboration avec les partenaires ».

Dans le cadre de la réalisation des infrastructures routières, un ambitieux programme a été conduit. C’est dans cette perspective qu’un certain nombre d’infrastructures urbaines telles que Agadez Sokni, Tahoua Sakola,  Niamey Gnala, Dosso Sogha ou encore Maradi Kollya ont été achevées. En droite ligne de cette politique lancée à grande échelle dans le pays, des infrastructures aéroportuaires de villes comme Niamey, Tahoua, Maradi, Zinder et Agadez ont connu une modernisation. Niamey, la capitale, a changé de visage avec ses échangeurs, son 3ème pont, ses travaux de voiries, notamment la voie express, qui est l’un des exemples de cette modernisation et des changements intervenus dans plusieurs villes du pays. Le président Mahamadou Issoufou s’est évertué, autant que faire se pouvait, par ailleurs pour débloquer la situation concernant le projet de chemin de fer entre le Niger et le Bénin. Sans succès pour le moment. Ce qui est manifestement indépendant de sa volonté. Il aura réussi, en dépit de quelques tergiversations, à lancer le projet de construction de l’oléoduc qui doit relier le Niger au Port de Cotonou. En matière de télécommunications, il convient de noter le renforcement la fibre optique et la mise en place la TNT. L’électrification rurale a été particulièrement développée avec l’énergie solaire et les énergies renouvelables, afin de permettre aux populations des zones rurales de pouvoir bénéficier des bienfaits du Programme national de développement. Elle serait longue à égrener la liste des chantiers déjà réalisés ou en cours à son actif.

Pour en arriver là, il aura fallu au chef de l’Etat nigérien d’assurer la stabilité sociopolitique du pays. Cette bataille n’était pas gagnée d’avance par le Niger. Le pays étant habitué à des rébellions dans le Nord et des tentatives de coups d’Etat des militaires, prompts à faire irruption dans le jeu politique. A cela, il faut ajouter l’implosion de la Libye consécutive à la chute du Colonel Mouamma Khadafi et le retour des supplétifs touaregs du Guide libyen dans leur pays d’origine. Ou encore l’expansion et la franchise du terrorisme islamique de type Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), Etat islamique ou Boko Haram.

L’intelligence politique du président Mahamadou Issoufou aura été, dans ce contexte-là, de considérer qu’il fallait faire la part belle aux Touaregs qui se sont souvent sentis frustrés dans le pays par rapport aux autres composantes du pays. En accordant la Primature à Brigi Rafini, un Touareg dont la compétence ne fait pas de doute. N’en déplaise aux autres groupes ethniques du pays. Au nom de l’unité et de la réconciliation nationale mais aussi de la stabilité sociopolitique, il faut toujours savoir raison garder et faire des compromis politiques. Au Niger, le jeu en valait la chandelle.

A la question de notre confrère Marchés Africains de savoir au lendemain de sa réélection au second tour de la présidentielle avec un score de 92,4 %, pourquoi il a insisté pour former un gouvernement d’union nationale, au point même d’y intégrer le principal parti de l’opposition, le MNSD, le président nigérien, Mahamadou Issoufou avait répondu : « Pourquoi j’ai insisté à mettre en place un gouvernement d’union nationale ? La raison est simple : depuis 1999, ayant constaté la fragilité dans laquelle se trouve le Niger, qui a connu une période d’instabilité dans les années 1990, j’ai pensé qu’après chaque élection, le président élu doit rassembler. Il doit rassembler au-delà de son camp, et cela doit se faire pendant cette période que je considère comme étant une période de transition démocratique. Cela est valable pour le Niger et pour beaucoup de pays africains : le rassemblement est nécessaire pendant cette période de transition démocratique. Ensuite, vient s’ajouter à cela le défi sécuritaire que nous connaissons depuis 2011. Vous voyez, le Niger est enfermé dans un triangle de menaces avec au sommet la Libye, le Mali et le bassin du lac Tchad. Pour faire face à ce défi sécuritaire, il faut réaliser une union sacrée de l’ensemble du peuple nigérien. Nous avons également d’autres défis : le défi démographique, le défi du développement économique et social, le défi du changement climatique… Tous ces défis ont besoin d’un rassemblement de l’ensemble du peuple nigérien. Donc, je me réjouis de ce que le MNSD, un parti qui pèse sur la scène nationale, ait accepté la main que j’ai tendue ».

Sans cette vision des choses ou cette clairvoyance – c’est selon -, le chef de l’Etat nigérien sait mieux que quiconque qu’il aurait passé le plus clair de son temps dans des batailles politiques de clocher sans intérêt pour le peuple nigérien qu’il a le devoir de servir. Au lieu de son consacrer à l’essentiel de la mission que les Nigériens lui ont confié en le portant à la tête de la République. Notamment assurer leur sécurité et celle de leurs biens ainsi que le développement de leur pays dans tous ses compartiments. Et maintenant avant de quitter ses fonctions, il peut d’ores et déjà se réjouir d’avoir apporté sa touche personnelle dans l’édification du Niger et sa marche vers le progrès. A travers les différents chantiers qu’il a eu à réaliser.

Mohamed Bazoum, un successeur désigné à la tête de son parti

L’autre exemple qui sera désormais associé à la gestion du pouvoir d’Etat de Mahamadou Issoufou est, sans nul doute, la question de sa succession. Au sein du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) au pouvoir, elle a été réglée longtemps d’avance. Pour éviter que des querelles fratricides ne viennent l’affaiblir dans la perspective de la présidentielle de 2021.  En lieu et place du chef de l’Etat qui a choisi de se retirer, c’est le Secrétaire général Mohamed Bazoum, compagnon de longue date, qui a été préféré. Membre fondateur du PNDS en 1990, successivement. Vice-président, ensuite président du parti à l’accession de Mahamadou Issoufou à la tête de l’Etat, il apparaissait en toute logique comme le présidentiable le mieux indiqué. Et Mahamadou Issoufou a récompensé ainsi au nom du parti la compétence et le dévouement autant que la fidélité aux idéaux. Toutes choses qui font partie des qualités de leadership de son compagnon de route. Aussi, a-t-il insisté pour dire à l’intention de son opinion nationale que ce faisant, il souhaitait ainsi prouver que le PNDS ne fait pas de politique sur des bases ethniques ou régionales, mais sur la base d’un programme et d’une éthique. C’est l’un des éléments de la Renaissance culturelle qu’il a appelée de tous ses vœux.

En tout cas, tous les militants et sympathisants du PNDS savent donc derrière qui ils doivent se mobiliser pour essayer de convaincre leurs compatriotes de leur accorder encore une fois leur confiance pour diriger le pays. Mais une fois adoubée au sein du parti et par le chef de l’Etat, le candidat Mohamed Bazoum doit savoir que la bataille ne sera pas de tout repos. Elle sera âpre, voire très âpre. Entre autres candidats déjà déclarés, il y a l’ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale Hama Amadou, un temps allié du PNDS avant qu’une sombre affaire de « bébés volés » au Nigeria vienne distendre leurs relations. Au point de le contraindre à l’exil en France. Le chef de file du Mouvement démocratique nigérien (MODEN), principal parti d’opposition, mais qui n’est guère certain de sa participation à cette échéance ne se prépare pas moins. En raison d’une condamnation à propos de cette affaire qui pèse toujours sur lui, comme une épée de Damoclès, il pourrait bien le regretter.

Hormis ce poids lourd de la scène politique nigérienne, il y a également l’ancien Premier ministre et ancien candidat à la présidentielle Seïni Oumarou. Ce leader du Mouvement national pour la société de développement (MNSD) de l’ex-président Mamadou Tandja, renversé par un putsch militaire en 2010, a certes accepté la main tendue du président Mahamadou Issoufou. Mais il n’en demeure pas moins vrai qu’il sera un adversaire à craindre pour 2021. A condition que le MNSD réussisse à dépasser les clivages qui l’ont fait voler en éclat au lendemain de son échec à la présidentielle. Le troisième adversaire de taille du candidat du PNDS n’est autre que Mahamane Ousmane, premier président du Niger après la Conférence nationale souveraine et le retour à la démocratie. C’était avant qu’un coup d’Etat vienne le chasser du pouvoir dans des conditions qui impliquaient notamment Hama Amadou et bien de vieux ténors de la vie politique nigérienne. Depuis, Mahamane Ousmane n’a jamais fait de mystère quant à ses velléités de retour au pouvoir. Autant dire donc, en définitive que pour Mohamed Bazoum, le successeur désigné du président Mahamadou Issoufou, il y a de quoi bien fourbir ses armes. La bataille ne sera pas de tout repos ni pour lui ni pour tous les autres candidats à la présidentielle de 2021. La victoire sera âprement disputée.

Par Ousséini Magadji

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