Assimi Goita Le chef de la junte du Mali
Assimi Goita Le chef de la junte du Mali

Le retour des vieux démons du putsch militaire en Afrique de l’ouest : échec lamentable de la CEDEAO et de l’UA. Pendant que le débat fait rage sur le bilan des 60 ans d’indépendance des anciennes colonies africaines de la France, le Mali s’est tristement hissé hier, à la UNE de l’actualité internationale avec une « affaire de renversement de l’ordre constitutionnel par des militaires putschistes »… d’aucuns parleront de la résurrection des vieux démons, 60 ans après l’indépendance des anciennes colonies de l’Afrique francophone. Et comme souvent en de pareilles circonstances, l’avortement violent des acquis de la jeune démocratie malienne hier a suscité un tollé général, avec à la clé, des vuvuzela sonores et assourdissants de la communauté internationale pour condamner l’acte ignoble et rétrograde d’une junte militaire irrespectueuse des principes élémentaires de démocratie…

Pourtant, tout le monde voyait venir le danger…il était si imminent et presque à crever l’œil ! Mais l’erreur, c’est qu’on croyait avoir définitivement enterré les coups de force de ce genre dans l’espace de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Et nous voici face aux dégâts des discours creux d’une communauté internationale en rupture totale avec les aspirations profondes des populations à la base.

Alors, que s’est-il passé concrètement et qu’est ce qui n’a pas fonctionné dans le processus démocratique au Mali ? Pourquoi le désormais ex-président Ibrahim Boubacar Keita, alias IBK a-t-il été brutalement plié hier et rangé au placard par des militaires aux yeux flamboyants, aux visages monstrueux qui s’érigent en justiciers pour le salut du peuple malien ?

Les réponses à ces questions sont à la fois complexes et tentaculaires. Car, elles interpellent aussi bien les instances dirigeantes de nos états que celles de la CEDEAO et de l’UA.

Contrairement à celles et ceux qui continuent de condamner les putschistes d’avoir déposé IBK de manière illégale, ne serait-il pas possible de voir le ver à moitié plein, pour admettre que les militaires maliens ont plutôt joué leur rôle, de la manière la plus propre et professionnelle possible, pour ramener l’ordre dans un grand désordre organisé par des politiciens corrompus et des organisations régionales et internationales qui, rotaient bruyamment sur les ossements desséchés du Mali, après avoir fait bonne chaire pendant des décennies sur les charognes de ce pays.

Disons-le très clairement ! Le Mali n’était plus gouvernés depuis plusieurs mois. Il était devenu un « no man’s land sahélien » au cœur duquel des djihadistes armés par des puissances étrangères se promenaient librement de l’est à l’ouest ; et du nord au sud.

L’ex-président IBK, quand à lui, précipité dans le rôle de « dindon de la farce » ne représentait plus que l’ombre de ses propres turpitudes : un président réduit à sa plus simple expression,… devenu godillot et totalement ridicule dans un palais déserté par tous ses compagnons des premières heures de gloire ; y compris par les membres de sa propre famille et par son fils devastateur dont les ordures sexuelles ont fini par encombrer les réseaux sociaux.

Disons-le tout haut, IBK était fini et c’est avec un grand plaisir,…voire avec un ouf de soulagement que nous avons accueilli sa démission hier; qu’elle soit volontaire ou arrachée au bout de la baillonnette. Saluons plutôt le grand professionnalisme et le sens hautement patriotique des putshistes qui ont su ménager le chou et la chèvre, sans bavure et sans effusion de sang,… pour laisser la vie sauve à l’ex-président IBK et à tout son entourage.

Au-delà de nos états d’âmes individuels et des émotions que pourrait susciter ce retour fracassant du putsch militaire dans l’espace de la CEDEAO, il me paraît opportun et très utile de s’attarder sur l’échec essuyé dans cette malienne par les mécanismes prévus par la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Union Africaine en matière de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Il ne fait plus l’objet d’aucun doute que ces institutions régionales et panafricaines ont fait preuve d’incapacités notoires et elles ont fini par conduire IBK dans une aventure sans lendemain.

Pourtant, le Protocole A/SP1/12/01 sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance additionnel au Protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité est assez clair et prévoit des principes de convergence constitutionnelle, communs  à tous les Etats membres de la CEDEAO. Les dispositions de la section 1 de ce protocole stipulent que toute accession au pouvoir doit se faire à travers des élections libres, honnêtes, et transparentes; et que tout changement anti-constitutionnel est interdit de même que tout mode non démocratique d’accession ou de maintien au pouvoir.

Si les deux principes cités ci-dessus n’ont pas réussi à empêcher les militaires de renverser IBK du pouvoir hier, c’est qu’il faut alors interroger la gestion faite par la CEDEAO pour accompagner le processus démocratique malien dans les domaines de la participation populaire aux prises de décision, le strict respect des  principes démocratiques, et la décentralisation du pouvoir à tous les  niveaux de gouvernement. Ensuite, il faut s’interroger de savoir ce que la CEDEAO a pu réellement faire pour aider le régime de l’ex-président IBK à créer une armée véritablement républicaine, apolitique et soumise à l’autorité politique régulièrement établie. L’Etat malien était-il réellement laïc et entièrement neutre dans le domaine de la religion? Si oui, que s’est-il réellement passé pour qu’un chef religieux s’érige en deuxième capitaine à bord du navire malien pour arracher le contrôle du gouvernail au président de la République ? Qu’est-ce que la CEDEAO et l’UA ont-elle concrètement fait pour aider le président IBK à contrecarrer la vague déferlante du terrorisme, à respecter et faire respecter les mécanismes nationaux et communautaires en matière de préparation et d’organisation des élections au Mali ?

Voilà les vraies questions qui interpellent la conscience des dirigeants de la CEDEAO et de l’UA dans la faillite du processus démocratique malien qui s’est finalement soldé par un coup d’état hier. Et ce n’est que le début d’une nouvelle épidémie régionale des coups de force en Afrique de l’ouest. Car, tant que les constitutions seront violées violemment par ceux qui nous dirigent et que le pouvoir d’état serait assimilé à une quincaillerie familiale avec la caporalisation des secteurs névralgiques de production de la richesse; l’accélération rapide du chômage des jeunes et la pauvreté à grande échelle dans les communautés vulnérables…tant que ces déviances institutionnelles et structurelles de la gouvernance auront droit de cité dans les états africains, il est inutile de penser que la spirale des coups d’états s’éloignera de nos états. À l’allure où vont les choses, d’autres cas surviendront sûrement et très bientôt en Afrique de l’ouest,…et la CEDEAO et l’UA n’auront que leurs discours inaudibles pour condamner les putschistes.

Fernand AZONNANON

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