Mouvement du 5 juin au Malli
Manifestations du mouvement du 5 juin

La démocratie, ce n’est ni le maintien au pouvoir à tout prix des dirigeants corrompus, végétatifs et incapables de répondre aux aspirations profondes des populations qui les ont élus…ni l’organisation des coups d’Etats institutionnels par tripatouillage des lois fondamentales en étroite complicité avec des syndicats de chefs d’Etats carriéristes et tout aussi incapables de s’adapter aux réalités sociopolitiques de leur temps. La démocratie, c’est tout simplement l’exercice du pouvoir d’état en toute souveraineté et en toute transparence par le peuple et pour le peuple. C’est cette leçon de démocratie populaire que le peuple malien dans sa grande majorité s’est soulevé comme un seul homme pour administrer aux Chefs d’États de la CEDEAO et à la communauté internationale dans son ensemble.

Cette argumentation fait effet boule-de-neige et recette. Elle est de plus en plus relayée par la majorité des cadres africains, mais aussi par des ONG, la société civile et bien évidemment par les partis politiques de l’opposition. Elle trouve aussi un point d’encrage parfait dans le principe du « droit des peuples à reprendre en main le contrôle de la gouvernance et des acquis du processus démocratique » dans la région ouest-africaine.

C’est fort de cette « argumentation révolutionnaire » que le peuple malien s’évertue, depuis le lendemain immédiat du coup d’état à Bamako, à témoigner un soutien ferme et une solidarité nationale sans faille aux autorités du Conseil National pour le Salut du Peuple (CNSP). Les forces vives maliennes ont vite fait de siffler la fin de la récréation pour rappeler à la communauté internationale que le peuple est souverain, désormais mûr et capable de décider par lui-même, pour lui-même et dans le plus grand intérêt de la nation malienne. On assiste donc à un véritable coup-double par lequel, le peuple malien est entrain de marquer son adhésion totale au renversement du régime de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita (IBK); et légitimité en toute souveraineté l’action menée par les militaires du CNSP. Et voici la preuve: cette marée humaine qui a pris d’assaut la place mythique de la République depuis plusieurs heures à Bamako pour reprendre le flambeau aux militaires et se positionner en interlocuteur valable face aux Chefs d’Etats de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest qui – de leur côté – continuent de réclamer le rétablissement du président IBK dans des fonctions qui l’avaient pourtant abandonné depuis des lustres…Cet aveuglément syndical des dirigeants de la région, de plus en plus décrié est perçu par certains observateurs de la politique africaine, comme une faute majeure et à hauts risques. La CEDEAO dit agir par souci de l’égalité constitutionnelle et par respect des textes régionaux, que d’aucuns jugent d’ailleurs désuets, voire inapplicables dans le cas présent de la crise malienne.

Ainsi, l’histoire bégaye à nouveau à Bamako et le bras de fer est désormais inévitable, entre le peuple souverain du Mali et les dirigeants le CEDEAO. À la seule nuance cette fois-ci, que l’intelligence et la grande maturité du peuple malien ont pris le dessus, prouvant à la face du monde qu’il est temps d’écrire une nouvelle page dans le Protocole de la CEDEAO sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance. Le Mali s’est radicalisé – à raison – dans un processus irréversible qui vise à administrer une leçon de démocratie populaire aux dirigeants de la CEDEAO, pour leur faire comprendre que le modèle de gouvernance des états de l’Afrique de l’Ouest est largement dépassé et mérite de se refaire une meilleure santé et une crédibilité à brève échéance.

Mission de la CEDEAO au Mali

En vérité, la CEDEAO a pendant des décennies joué à la ruse, en carressant les symptômes des maux qui minent la gouvernance et la démocratie dans les Etats de l’Afrique de l’Ouest et n’a jamais rien fait de durable pour s’attaquer aux racines de ce fléau qui a désormais pris l’allure d’une pandémie régionale. La leçon que l’organisation en tire aujourd’hui est à la fois humiliante et douloureuse. Mais elle ne peut plus rien y faire ! Car, il n’y a pas de liberté d’élire sans liberté de déchoir. Le discours arrogant de la communauté internationale qui consiste à imposer le maintien au pouvoir des pseudos démocrates corrompus jusqu’à la moelle épinière, est dangereusement contraire au principe de la souveraineté populaire. Et l’alternance ne doit plus être une affaire téléguidée par des couvents politiques au détriment de la volonté du peuple souverain…elle doit provenir de la décision consensuelle du peuple. Autrement dit, c’est au peuple et à lui seul qu’il revient le droit d’élire et de déchoir en toute souveraineté.

Désormais, le peuple malien tient son destin en main et ne voudra jamais faire une quelconque compromission avec des instances régionales et panafricaines qui ont suffisamment montré leurs limites. Les années à venir s’annoncent donc décisives pour les jeunes démocraties de l’Afrique de l’Ouest, avec en filigrane le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leurs propres affaires. Et ce ne sera que justice et réparation d’un préjudice collectif.

Fernand AZONNANON

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