Obiang Nguema President de la Guinee Equatoriale
Obiang Nguema President de la Guinee Equatoriale

La Guinée Equatoriale est l’un des rares pays africains qui a souvent défrayé la chronique en Occident et même dans les Amériques. Pour affaires de biens mal acquis. Mais c’est moins par le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo lui-même que son fils, le Vice-président Teodorin. Et face aux frasques de ce dernier, les observateurs attentifs  de la Guinée Equatoriale se demandent déjà si le pays n’est pas sur la piste d’un après-Obiang à l’angolaise. Explication.

Entre le père Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, actuel président de la Guinée Equatoriale et le très probable successeur Teodoro Nguema Obiang Mangue, surnommé Teodorín, les styles sont diamétralement opposés. Entre le père très âgé et plus discret et le fils très jeune, plus exubérant et bling bling, la Guinée Equatoriale est sans aucun doute promise à des lendemains mouvementés. Une perspective qui n’est pas sans susciter moult interrogations dans les chancelleries occidentales et les milieux politiques afriains.

Tour à tour ministre et deuxième Vice-président de la Guinée équatoriale de 2012 à 2016, il est finalement à un pas seulement de succéder à son père au pouvoir. En tant que Vice-président du Parti démocratique de Guinée équatoriale, le parti présidentiel, si l’on excepte le fait qu’il est le fils prédestiné à cette fonction. Teodoro Nguema Obiang Mangue, surnommé Teodorín, l’enfant terrible de Malabo, n’a jamais arrêté de faire parler de lui dans diverses affaires. Au point de susciter souvent des crises diplomatiques entre son pays et certains pays occidentaux dans lesquels il aime pourtant à séjourner et à faire étalage de ses richesses.

Petit pays d’Afrique centrale, logée entre le Cameroun et le Gabon, la Guinée Equatoriale doit sa prospérité actuelle au pétrole. L’exploitation de l’or noir dont il regorge lui a permis de faire des investissements colossaux en vue de changer le visage de cette ancienne et unique colonie espagnole, indépendante en 1968. Force est de reconnaître que des efforts de moderniser ont été accomplis à cet effet. Il n’empêche que, outre la réalisation d’infrastructures sociocommunautaires, il faut tout de même souligner qu’une bonne partie de la population vit toujours dans la pauvreté. Raison de plus que les deniers de l’Etat ne soient pas détournés ou que leur gestion ne laisse pas libre cours à la gabegie. Or, justement, c’est là où le bât blesse. A commencer par l’extravagant et sémillant Teodorin. Mais les détournements pour lesquels bon nombre de dirigeants sont montrés du doigt par des ONG internationales, notamment à l’étranger, ne concernent pas que la Guinée Equatoriale uniquement.

De lourds boulets nommés « Biens mal acquis »

Transparency International de concert avec Sherpa ont engagé un bras de fer judiciaire avec les gouvernants de plusieurs pays africains parmi lesquels ceux de la Guinée Equatoriale. A Teodoro Nguema Obiang Mangue, dit Teodorín, il a été reproché un blanchiment d’argent à travers les biens accumulés en France. Des biens qui ne pouvaient provenir que de l’argent soutiré frauduleusement des caisses de l’Etat ou d’affaires inhérentes à la gestion du pouvoir d’Etat.

Ainsi, à la suite d’une longue procédure judiciaire riche en rebondissements, le premier procès de cette affaire dite des « Biens mal acquis » a eu lieu du 19 juin au 05 juillet 2017 à Paris en France. Il s’est achevé par le verdict du Tribunal correctionnel de Paris le 27 octobre 2017. L’accusé Teodorin a été reconnu coupable pour des faits de blanchiment, notamment de détournement de fonds publics et de corruption. Pour ce faire, il a écopé d’une condamnation à trois ans de prison avec sursis et une amende de 30 millions d’euros avec sursis, ainsi que  et la confiscation intégrale de ses biens saisis sur le territoire français. Au total, ils sont estimés à la colossale somme de 150 millions d’euros. Teodorin ayant fait appel de sa condamnation, le procès en appel est prévu pour décembre 2019

A Genève en Suisse, une procédure similaire à celle de la France avait été ouverte en 2016 contre le même Teodorin et deux autres personnes. Pour éviter des déconvenues, elle a abouti à un accord avec l’Etat de Guinée Equatoriale à l’initiative de ce dernier. Contre l’abandon de cette procédure pénale pour « blanchiment d’argent et gestion déloyale des intérêts publics », les biens de Teodorin devaient être vendus et l’argent restitué à l’Etat tandis que Malabo devrait verser à Genève 1,3 million de francs suisses, soit 1,4 million d’euros, pour payer notamment les frais de procédure. L’argent issu de la vente des biens confisqués estimé à plusieurs millions d’euros étant destiné a priori à être affecté pour un programme à caractère social en Guinée équatoriale.

Dans cette optique, le 29 septembre dernier, a eu lieu dans un Club de Golf près de Genève en Suisse la vente aux enchères des biens en question dont vingt-cinq voitures de luxe. Parmi elles, sept Ferrari, trois Lamborghini, cinq Bentley, une Maserati et une McLaren. Valeur estimée : au moins 18,5 millions de francs suisses, soit plus de 17 millions d’euros. Reste à savoir comment la Suisse s’y prendra pour que l’argent ainsi récolté puisse effectivement aller au programme déterminé. Une gageure. Si l’on sait qu’il sera difficile de pouvoir vérifier qu’il en a été ainsi.

Le 10 février 2020 aura été une journée sombre pour le régime de Malabo. Outre les confiscations de biens, Teodorin Obiang a écopé de trois ans de prison avec sursis, 30 millions d’euros d’amende à la fin de son procès en appel devant la justice française. Celle-i a eu la main plus lourde vis-à-vis du Vice-président de Guinée équatoriale. Par contre  Me William Bourdon, l’avocat de Transparency international n’a pas manqué de s’en féliciter ainsi que Marc-André Feffer, le président de Transparency France.

L’affaire des Biens mal acquis ne concerne pas que la Guinée Equatoriale. Il y a  aussi le président Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, Feu Omar Bongo du Gabon. Sans compter bien des personnalités ayant gravité dans leur entourage. Mais, pour le moment, le hic dans toute cette affaire de Biens des dirigeants africains soupçonnés de détournement de deniers de leurs Etats, c’est que Transparency International et Sherpa donnent l’impression d’avoir une dent dure contre la seule Guinée Equatoriale. Ou des pays déjà identifiés et associés aux Bien mal acquis cependant qu’ils ne pipent mot pour d’autres dirigeants – de plus en plus nombreux et sans vergogne – depuis les saisines concernant les premiers. En effet, on sait clairement que les Biens de bien des chefs d’Etats africains sont tout aussi mal acquis que ceux des Obiang et autres. Transparency International et Sherpa ont donc encore fort à faire si tant est qu’ils ne veulent pas donner l’impression de se focaliser ou de s’acharner sur le pays de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.

Par Peter Mufang

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