Ali Bongo President du Gabon

Les 33 ministres du gouvernement  du Premier ministre Rose Christiane Ossouka Raponda ont gabonais prêté serment le 22 juillet dernier, au palais présidentiel de Libreville en présence du président Ali Bongo. Une cérémonie qui a lieu pour la troisième fois après son revers de santé. Première femme à occuper ce poste, les Gabonais attendent de voir les changements concrets au-delà du coup de communication que cette nomination implique. Sur fond de longue bataille entre Pouvoir et Opposition à propos de la capacité du président gabonais à continuer à gouverner.

Depuis son accident cardiovasculaire survenu à Riyad en Arabie Saoudite, la santé du président gabonais Ali Bongo Ondimba est devenue un enjeu politique. Son cas oscille entre compassion et compréhension pour ses partisans d’une part et critiques acerbes pour ses adversaires politiques d’autre part. Un clivage qui a tôt fait d’instaurer un climat sociopolitique délétère au Gabon.

Le Parti démocratique gabonais (PDG) a récemment livré ses attentes après la composition du gouvernement de Rose Christiane Ossouka Raponda. Le parti au pouvoir en attend notamment «l’accélération de la transformation du pays» et «l’amélioration des conditions de vie des populations». Des éléments de langages qui en disent long sur les attentes des gabonais dans leur immense majorité. Et ce ne sont pas des opérations de communication çà et là qui vont leur faire occulter la réalité du quotidien et les tribulations de la vie sociopolitique nationale.

Même au sein du parti au pouvoir, l’on donne de la voix pour essayer de motiver la toute première Première ou Premier ministre du Gabon. Pour Stéphane Iloko Boussengui, conseiller parte-parole du parti : «Le PDG attend de ce nouveau gouvernement l’accélération de la transformation du pays, que l’amélioration des conditions de vie des populations se poursuivent et se traduise en actes (…) Le PDG reste en éveil, aux côtés du gouvernement, pour participer à ce challenge : rechercher le bien-être des Gabonaises et Gabonais».

Du côté de l’opposition au régime du président gabonais, c’est un autre son de cloche que l’on entend : Jusqu’à quand la Constitution le maintiendra-t-il le président Ali Bongo Ondimba au pouvoir ?C’est la question qui revient comme un leitmotiv dans les milieux politiques.Tandis que ses opposants, même affaiblis, n’ont de cesse de réclamer son empêchement constitutionnel à gouverner, l’Exécutif, quant à lui, se veut au contraire on ne peut plus rassurant. Après la grande tournée nationale consécutive à son revers de santé, il fallait rassurer les Gabonaises et les Gabonais que le chef de l’Etat va bien et qu’il n’est pas en incapacité de gouverner. Ce message que le président Ali Bongo Ondimba tenait à porter à son peuple faisait en effet suite à une longue campagne de l’opposition aux fins que la Cour constitutionnelle constate son incapacité à gouverner. Malheureusement sans succès.

Ali Bongo Ondimba veut garder la main

 «Au sortir de mon accident cardiovasculaire, j’ai compris une chose : il y a eu trop d’intermédiaires entre moi et les populations, il y a eu trop de ministres et des gens tout-puissants. J’ai été induit en erreur, des gens m’ont fait mentir. C’est terminé les mensonges ! Maintenant, on fait des projets de proximité avec les populations et les menteurs autour de moi, même si c’est toi Laccruche, ils seront sèchement écartés. Celui qui boude, il bouge !», a déclaré en octobre dernier le président gabonais, Ali Bongo. Comme pour indiquer à ses compatriotes que la maladie dont il a été la victime lui a permis de saisir autrement la réalité de ses années de pouvoir. Et depuis, beaucoup de membres du personnel politique ou administratif proche du pouvoir ont bien bougé. A commencer par son ancien directeur de Cabinet du chef de l’Etat, Brice Laccruche Alihanga.

Le chef de l’Etat gabonais a multiplié des signes de proximité avec les Gabonais. Le manque créé par les informations à propos de son état de santé, il a essayé de le pallier par une espèce de rapprochement avec ses compatriotes. Mais le président Ali Bongo a beau multiplier les apparitions en public, faire des déclarations à travers les médias pour laisser entendre qu’il va de mieux en mieux, les rumeurs ont la vie dure et ses opposants n’entendent pas en rester sur un échec.

L’opposition en panne d’initiative

L’opposition incarnée par Jean Ping est désormais devenue inaudible après son échec aux différentes élections. Faute de se faire entendre lors de la Présidentielle du 27 août 2016 et des Législatives de 2018, Jean Ping et les siens ne savent certainement plus où donner de la tête. Et c’est le Collectif Appel à agir qui donne plutôt de la voix. Le 20 septembre dernier, dans un courrier adressé au Premier ministre, au président du Sénat et au président de l’Assemblée nationale, ledit collectif n’est pas allé par quatre chemins pour demander aux responsables de ces institutions de l’Etat de mettre fin à ce qu’ils qualifient d’imposture au sommet de l’Etat. Et de déclarer que : «L’appareil d’État est désormais l’otage d’une imposture sans nom. (…) les nominations aux emplois supérieurs de l’État se font en violation de l’article 20 de la Constitution ainsi que des textes des différents organismes et services publics, portant aux fonctions les plus sensibles de l’appareil d’État, des personnes qui n’ont ni le statut ni la qualité pour y être nommées.

De deux choses l’une : le collectif demande la déclaration de vacance de pouvoir ou la confirmation de sa capacité à remplir les charges de président de la République. Mais il refuse cette espèce de chape de plomb faite d’un lourd silence qui laisse à désirer. Surtout que, fait inédit, relève Appel à agir :  «on assiste chaque jour un peu plus à ce qui apparaît désormais clairement comme une opération de substitution de Monsieur Ali Bongo dans la fonction de président de la République par son Directeur de cabinet. Le Gabon est humilié ! »

Après quelques mois de silence, Jean Ping est revenu récemment à la charge sur la santé du président Ali Bongo Odimba. Lors d’un discours face à ses militants et la presse le 12 octobre dernier. Evoquant le sujet, il a déclaré qu’il était inapte à assurer la gestion du pouvoir. Au demeurant, selon l’ancien candidat à la présidentielle, le Gabon offre un triste spectacle qui n’a que trop duré avec cette situation. Pour le chef de file de l’opposition gabonaise : «Depuis le spectacle affligeant d’Ali Bongo aux cérémonies du 17 août dernier, le peuple gabonais et la communauté internationale ne peuvent plus se retrancher derrière les supputations et prétendre ne rien savoir de l’état réel de la santé d’Ali Bongo. Plus qu’une intime conviction, il s’agit d’un constat définitivement accablant qui saute aux yeux du monde : Ali Bongo n’est plus en capacité de gérer le pouvoir usurpé, au point de servir de marionnette à de nouveaux usurpateurs qui livrent le pays aux enchères». La réponse à Jean Ping ne s’est pas fait attendre. Comme une réponse du berger à la bergère. A travers le journal gabonais L’Union, le président Ali Bongo Ondimba a tenu à rassurer ses compatriotes en ces termes: « Je me sens bien. Et de mieux en mieux chaque jour. Je veux remercier très chaleureusement le peuple gabonais pour son soutien et son affection dans l’adversité. Quand vous avez traversé pareille épreuve, vous prenez conscience de beaucoup de choses. Aujourd’hui, je suis plus que jamais déterminé à rendre à mon pays ce qu’il m’a donné, à lui être utile et le conduire vers un avenir meilleur ». Pour autant, la guerre de tranchées entre le président gabonais et adversaires politiques est loin de se terminer. Et tout dépendra de la façon dont il remplira ses fonctions dans les jours et les mois à venir.

Par Alfred Ondo

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