Jaques Chirac ancien président de France
Jaques Chirac ancien président de France

Le 26 septembre dernier, l’ancien président français, Jacques Chirac, est décédé à Paris à l’âge de 86 ans. Avec sa disparition, c’est l’un des derniers grands piliers de la Droite en France qui s’écroule. Au-delà de la France, le président français qui avait beaucoup d’amis parmi les chefs d’Etat africains était bien apprécié aussi par les Africains. Beaucoup plus pour son contact humain mais moins sur certaines de ses positions politiques.

L’image favorable dont jouissait et jouira peut-être pour toujours en Afrique l’ancien président Jacques Chirac tient à sa bonne connaissance des hommes. Elle est en réalité motivée par les mêmes sentiments humains que celle dont il bénéficiait dans son propre pays : la France. Jacques Chirac était un homme du pays profond et qui savait aller au-devant des gens et leur parler. Et cet attachement aux hommes compte beaucoup en Afrique où cela vaut son pesant d’or bien plus qu’ailleurs certainement. A la différence d’autres présidents français, les Africains ne pouvaient donc que le préférer d’un strict point de vue des rapports humains.

Tout au long de sa carrière politique, il est difficile à dire s’il a accordé plus d’attention à l’Afrique que ses autres prédécesseurs ou successeurs. A y regarder de près, la nature de ses relations avec ceux qui dirigeaient les pays du continent, en l’occurrence les anciennes colonies, était différente et plus chaleureuse. Il a certes eu d’autres types de relations avec des dirigeants africains dont beaucoup étaient ses amis. Les scandales relatifs aux valises d’argent et bien d’autres affaires ont révélé ce que pouvaient être parfois les dessous de ce genre d’amitié. Avec notamment feu le président Omar Bongo Ondimba du Gabon.

Les erreurs africaines de Jacques Chirac

S’il est un pays dans lequel la politique africaine de Jacques Chirac laissera une tache sombre aux yeux des populations, il s’agit de la Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens en particulier et les Africains en général se souviendront toujours que c’est là, au cours d’une visite rendue à feu le président Félix Houphoët-Boigny que celui qui était alors le Maire de Paris avait déclaré : « la démocratie est un luxe » pour l’Afrique. Interprété à tort ou à raison et sous toutes les coutures, cette déclaration reste encore de nos jours sujette à vifs commentaires et débats sur le sens à elle accordée.

En outre, lors de la crise ivoirienne qui mit aux prises l’ex président Laurent Gbagbo et les rebelles de Guillaume Soro, l’ex président Jacques Chirac est désormais associé à ce qui est connu sous le nom de « Bombardement de Bouaké ». Un raid aérien de l’armée ivoirienne ayant fait neuf morts dans les rangs de l’armée française de l’Opération Licorne et un civil américain  le 6 novembre 2004. La question que l’on se pose est de savoir d’où venait l’ordre de ce raid sur le camp Descartes de Bouaké et dans quel but. D’autant plus que Paris n’a rien fait pour permettre que toute la lumière soit faire à ce propos. Une Opération militaire qui est restée Affaire d’Etat et Secret défense. Et qui continue de susciter bien des interrogations sans réponses. Paris et Abidjan s’étant rejeté mutuellement la responsabilité de cette attaque.

Au Congo-Brazzaville, c’est un secret de polichinelle que le président Sassou Nguesso doit son retour au pouvoir au président Jacques Chirac. Sans qu’on sache vraiment si le mobile était fondé sur des raisons amicales ou d’intérêt national de la France ou encore les deux à la fois. L’ancien chef de l’Etat français aura pesé de tout son poids pour permettre au Général Denis Sassou Nguesso, battu démocratiquement à la présidentielle d’août 1992, de chasser par la force le président Pascal Lissouba démocratiquement élu. Au prix de milliers de morts et de déplacés à l’intérieur du pays tout comme en République démocratique du Congo voisin. Il s’est agi en vérité là d’une des plus violentes guerres civiles que le pays a connues et qui s’est finalement soldée par la victoire et le retour au pouvoir de Denis Sassou Nguesso en 1997.

La gestion des crises en Côte d’Ivoire et au Congo-Brazzaville resteront pour les Africains et l’Histoire du continent, deux des grandes erreurs politiques de Jacques Chirac.

Que reste-t-il des grands partis traditionnels en France ?

Ancien maire de la ville de Paris, plusieurs fois ministres et Premier ministre, président de la République de 1995 à 2007, Jacques Chirac aura eu une carrière politique très riche et intense. Il commence comme Député, puis président du Conseil général de Corrèze. A partir de cette Corrèze qui restera très chère à son coeur, Chirac va s’affirmer au plan national. Il devient Premier ministre et fait l’expérience de Matignon en 1974. Avant de claquer la porte, à cause de la rivalité avec le président Valéry Giscard d’Estaing. Mais ce sera le temps d’affûter ses armes et de revenir en force en 1986 pendant la cohabitation historique entre la Gauche du président François Mitterrand et la Droite.

Ainsi, de cette cohabitation, il va réussir à atteindre son but ultime. Entrer à l’Elysée et devenir président de la République française, le cinquième président de la Ve République. Après deux tentatives manquées en 1981 et 1988.Tout un symbole pour quelqu’un qui avait passé une bonne partie de sa vie à mener un combat politique pour la Droite.

Gaulliste parmi les Gaullistes, il avait refondé la Droite en portant le Rassemblement pour la République (RPR) sur les fonts baptismaux. Cette refondation de la famille gaulliste lui avait permis de revenir en première ligne sur la scène politique française par la conquête de la Mairie de Paris. Un premier pas avant son élection à la présidence de la République. A sa suite, son successeur Nicolas Sarkozy  a lui aussi fait la même chose après son échec à la présidentielle de  2012 face à François Hollande du Parti socialiste (PS), un autre Corrézien comme Jacques Chirac. La transformation du RPR en Les Républicains dans la perspective de la présidentielle de 2017 n’a pas porté chance à Nicolas Sarkozy. Qui n’a même pas réussi à passer le cap des Primaires de son propre parti. De l’Union pour un mouvement populaire (UMP) à son élection à la présidence en 2015 à Les Républicains, la Droite française est à la recherche d’elle-même.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017, le président français s’emploie à détruire les partis politiques traditionnels. A coup de débauchages aussi bien à Gauche qu’à Droite et de renforcement des structures de son mouvement La République en Marche (LREM). En continuant à jouer celui qui n’est ni de Gauche ni de Droite, le chef de l’Etat français espère ainsi garder la main jusqu’à la prochaine élection présidentielle et empêcher ces partis de renaître ou de se revigorer. Mais que ce soit du côté de la Gauche plurielle que de la Droite à l’exclusion de l’Extrême Droite, à savoir le Rassemblement national (ex Front national) de Marine Le Pen, des tentatives de regroupements sont en cours. Reste à savoir si elles vont finalement aboutir. Au détriment de la stratégie politique de diviser pour régner que le président Emmanuel Macron s’ingénie à mettre en place.

Jean-François Mudimbe

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