Sayouba Traoré
Sayouba TRORE dans le studio de RFI à Paris

L’homme n’est plus à présenter tant il est omniprésent dans les médias et ses interventions ne laissent personne indifférent ; bien au contraire : lire les écrits de Sayouba Traoré, -puisque c’est de lui qu’il s’agit-, c’est vivre une séance de catharsis.  La soixantaine déjà dépassée, ce journaliste écrivain burkinabè natif de Ouahigouya (nord Burkina) travaille pour Radio France Internationale (RFI) depuis 1987. Avec ses émissions « Le coq chante » et « chronique agriculture», il est l’une des voix les plus familières des auditeurs de cette Radio Internationale. Mais la notoriété de Sayouba provient également de ses interventions prolixes dans la presse écrite et en ligne au Burkina Faso. L’Homme n’y va pas dans la dentelle quand il faut interpeller, dénoncer, conseiller les gouvernants. Avec son style particulier et accessible à tous, l’on se souvient que ce « fou du roi » a maintes fois dit ses vérités aux différents gouvernements depuis l’ère Compaoré en passant par la transition jusqu’à l’actuel régime. Justement, Sayouba Traoré est l’auteur de cet écrit qui a fait école : « Un bâtonnet + un bâtonnet égal deux bâtonnets » ; publié en 2004 dans le quotidien L’Observateur Paalga  aux temps chauds du débat sur la rétroactivité ou non-rétroactivité de la loi sur une nouvelle candidature du président Compaoré  après épuisement de ses deux  mandats de 7 ans. C’est ce monsieur à l’allure joviale, humble et courtois qui s’est prêté à nos questions. Tout un honneur ! Bien que digeste, l’entretien est assez long. C’est pourquoi nous vous le proposons en trois parties !

Le Courrier du Faso (LCF) : Dites-nous Monsieur Traoré, vous résidez à l’étranger depuis 1987 mais lorsqu’on vous écoute ou qu’on lit vos écrits, on ne sent pas ce dépaysement ; vous êtes bien immergé dans la vie sociopolitique de votre pays… comment faites-vous ?

Sayouba Traoré (ST) : D’abord je dois dire que c’est grâce à mon métier de journaliste qui fait que tous les cinq ou six mois je voyage au Burkina ; ensuite nous avons une forte communauté burkinabè sur place ici. Lors des rencontres avec cette communauté ou au sein de l’ambassade ou au consulat quand une personnalité officielle est sur place ; nous en profitons pour des échanges ou prendre les nouvelles du pays. Enfin il y’a aussi les journalistes burkinabè qui ne manquent pas de me faire un coucou lorsqu’ils sont en déplacement à Paris. En fait de nos jours la technologie fait beaucoup gagner en temps ; parce qu’avant ça n’était pas facile. Il fallait faire son manuscrit, trouvez quelqu’un pour le faxer à l’organe de presse en question. Et à la réception de ton écrit, l’organe se chargeait de le faire saisir à nouveau, le recorriger, faire la maquette avant d’aller à l’imprimerie. Aujourd’hui tout cela se fait presqu’en temps réel. Une anecdote : lorsque Cyriaque Paré a entrepris son projet de journal en ligne quand il servait ici à Paris, nous on ne comprenait rien, nous disions que le petit samo (ethnie) avec ses choses-là encore… Alors quand il a commencé à publier Lefaso.net et que moi-même je lui ai envoyé des écrits à publier, ça m’a semblé magique car cela facilitait grandement les choses. Maintenant je dois rectifier une chose. Ce n’est pas depuis 1987 que je suis à Paris mais depuis 1981. Je suis né à Ouahigouya en 1955, cinq ans avant les indépendances ; j’ai été inscrit à l’école en 1960, à 11 ans je me suis retrouvé à Ouaga au collège protestant. C’est alors en 1980 après ma maîtrise et comme à l’époque on ne pouvait pas aller jusqu’au doctorat à l’université de Ouaga qui était d’ailleurs la seule université du pays, il fallait aller poursuivre à l’étranger. Certains de ma promotion sont allés en Ukraine (ex Union Soviétique) ou à Dakar et moi comme tant d’autres nous nous sommes retrouvés à Paris le 02 février 1981.

LCF : En plus d’être journaliste, Sayouba est aussi écrivain poète. Vous avez publié près d’une dizaine d’œuvres littéraires entre autres des romans comme «  belle en savane », « L’héritier », « Les moustaches » ou encore « Loin de mon village, c’est la brousse ». J’ose dire que votre métier de journaliste qui vous sied très bien d’ailleurs, a empiété sur l’écrivain que vous êtes ? Vos ouvrages qui sont prisés à l’hexagone ne sont pourtant pas connus au Burkina Faso. C’est la formule de « nul n’est prophète chez soi » qui marche à ce coup ?

ST : Non, ce n’est pas ça, parce que je ne suis pas le seul écrivain burkinabè qui n’est pas lu au Burkina, je ne suis pas le seul écrivain africain qui n’est pas lu en Afrique. Voyez-vous à l’époque à notre temps il fallait aller à une bibliothèque pour pouvoir lire et nous le faisions sans rechigner, parce que nous aimions la lecture. Il y a une mauvaise tendance actuellement, c’est que les gens n’aiment pas lire. Vous demandez à quelqu’un dans les rues de Ouaga où se trouve une bibliothèque ? Il ne saurait vous indiquer une seule. Demandez-lui où se situe tel ou tel maquis et tout de suite il vous y amènerait. Moi j’ai offert un de mes ouvrages à un collègue il y’a plus de dix ans ; jusqu’à présent il ne sait pas ce qu’il y’a dedans. Alors que s’informer, aimer lire nous fait sortir de l’obscurité. Et si on n’a pas la bonne information comment peut-on décider ? Alors que la bonne information se trouve dans les textes ! J’ai lu des papiers de certains collègues que je ne vais pas critiquer… les écrits parlaient de textes décidés au parlement et figuraient dans le rapport du conseil des ministres. Je me suis rendu compte qu’ils n’ont pas du tout lu ces textes dont ils parlaient ; alors qu’ils sont chargés de rendre compte du document et pourtant eux-mêmes ne les ont pas lu. C’est très déplorable parce que nous avons quand même la responsabilité de porter la bonne information aux citoyens… sans la bonne information je ne vois pas comment le citoyen peut appréhender ou apprécier ce qu’il se passe ou se décide en leur nom. Maintenant mon cas personnel c’est que j’ai fait les lettres modernes option diplomatie ; donc c’est tout à fait normal que j’écrive. Mais on ne peut pas être à la fois journaliste et écrivain sans que l’un ne transparaisse sur l’autre ; des fois même c’est inconscient, on ne se rend pas compte. Et vous me demandez pourquoi on n’est pas lu au pays ? D’abord parce que les gens se rappellent plus de la fête de la bière, de la fête de la musique ou du FESPACO mais rares sont les gens qui savent ce que c’est la FILO (ndlr : foire internationale du livre) ! Quand j’écoute certains burkinabè j’ai l’impression que c’est un repoussoir aujourd’hui. Alors que c’est par la lecture que l’esprit se forme ; si vous ne lisez pas les journaux par exemple je ne vois pas comment vous pouvez faire pour vous mouvoir dans la vie de tous les jours…

LCF : Lorsqu’on parcourt bon nombre de vos romans, on perçoit tout de suite ce dénominateur commun dans vos personnages issus pour la plupart de classe vulnérable de la société : émancipation, justice sociale, engagement. Sayouba Traoré dépeint souvent ses propres vécus dans ses romans ?

ST : Eh ben, oui ! Pour moi le roman dépeint toujours une réalité. Vous ne pouvez pas partir de zéro pour écrire un roman. Je vous cite l’exemple de « belle en savane » : j’étais en mission au sud-ouest du Burkina avec une association féminine axée sur le VIH, je suis resté avec ces braves femmes dans ce village pendant deux trois jours c’est là où je me suis rendu compte en fait que le problème du SIDA dépasse même le seuil médical. Car il y a beaucoup d’autres facteurs sociologiques annexes qui sont très cuisants pour ces femmes. C’est vrai qu’aujourd’hui le problème du sida est beaucoup moindre et fait moins de dégâts mais à l’époque ce sont les femmes qui partaient faire le test ou si des hommes le faisaient, ils cachaient leur résultat aux femmes. Ils se soignaient, continuaient de contaminer les femmes sans leur dire mot. Remarquez lorsque vous allez dans un centre de santé où on s’occupe de la santé de la reproduction, c’est-à-dire tout ce qui touche à la sexualité, vous allez voir les femmes dans la salle avec le personnel soignant et vous allez voir les hommes à l’écart ; loin assis sous un arbre comme si ça ne les concernait pas. Alors qu’un enfant on le fait à deux, les maladies sexuellement transmissibles et autres problèmes liés à la sexualité, c’est à deux ! Mais monsieur se tient toujours à l’écart, pensant que ça ne concerne que les femmes. Une fois, j’ai eu du mal à expliquer à un burkinabè que c’est l’homme qui détermine le sexe de l’enfant et non la femme. Il me disait que sa femme ne fait que des filles…comme si les filles ne sont pas des enfants ! Et quand je suis revenu de ce reportage je me suis dit que le seul reportage ne suffisait pas ; il fallait un prolongement. Remarquez que lorsqu’il y a un problème de société la femme ne fait que subir. On n’a même pas besoin d’une enquête, elle est coupable à l’avance ! Voilà comment les choses se passent. Pour dire que ce vécu à produit le roman « belle en savane »… et « l’héritier » c’est pareil. Ça parle de nos problèmes modernes où il faut un papier pour tout ; alors que le villageois à une autre conception quand il s’agit de la transmission de l’héritage qui est considéré dans nos villages comme un bien commun et non individuel…comment on décrit tout ça ? Voilà comment cela a abouti à un roman. Parce que c’est ce que je sais faire le mieux. Parfois aussi c’est un flash, un instantané. C’est le cas d’un poème que j’ai produit lors d’un voyage à Conakry. Nous qui apprenions par cœur les discours de Sékou Touré et tout, lorsque j’ai atterri à Conakry j’ai demandé à aller au centre-ville…et on m’a dit vous êtes au centre-ville. Je rajoute suis-je à Conakry ? On m’a répondu encore que oui. Mais je vous dis…  on dirait une ville bombardée, quoi ! C’est là j’ai compris que le discours est une chose et la réalité une autre complètement différente….et mieux, je suis allé en guinée maritime et je me suis rendu compte que c’était l’endroit où on pratiquait le commerce des esclaves. C’était là où les bateaux négriers venaient chercher nos parents… j’ai donc découvert que l’Almamy Samory Touré qu’on nous présentait comme un grand héros était aussi un grand marchand d’esclave qui a fait beaucoup de dégâts autour de lui ! Au Burkina Faso Jacques Prosper Bazié a bien écrit ce que Samory Touré a fait à Noumoundara ; je ne me rappelle plus bien du titre de son livre mais tout ça a été occulté par l’histoire officielle. Ce flash que j’ai écrit était un poème qui s’appelait Dounia, ça n’a pas plu à certains bords de Conakry eh ben, moi j’ai dit ce que j’ai vu. Pour ce qui concerne l’émancipation, la justice et l’engagement, je peux dire que je côtoie régulièrement la classe vulnérable lorsque je suis en mission au Burkina ou ailleurs en Afrique ; évidemment je suis sensible à tout ça. Il y’a des gens qui passent devant des mendiants, des artisans sans les voir, en ignorant ce qu’il se passe dans leur vie. Moi en tout cas je suis incapable de passer devant un problème et faire semblant de ne pas le voir…

LCF : Parlons de votre métier de journaliste. Depuis 2005 vous animez sur la chaîne RFI l’émission radiophonique « le coq chante » et « La chronique Agriculture ». Toutes deux, dédiées au monde paysan en Afrique. Pourquoi le choix de la brousse plutôt que celui des salons feutrés des capitales africaines ?

ST : Mais écoutez, ce n’est pas un choix mais une réalité qui s’impose à chacun de nous ; en tout cas pour les gens de ma génération pour peu qu’on soit honnête avec sa propre conscience. Je le dis d’autant plus tranquillement qu’à une ou deux générations près nous sommes tous fils d’agriculteurs ou petits fils d’agriculteurs…vous pouvez faire un sondage ou interroger qui vous voulez, nous sommes soit fils de paysan soit petit fils de paysan et nous avons vécu au village…nous ne pouvons pas ignorer la vie des paysans, à moins d’un aveuglement volontaire. J’ai commencé par fréquenter les salons feutrés comme vous le dites, parce que je faisais des émissions économiques, ça me faisait rencontrer les décideurs économiques, des professeurs d’universités, des décideurs politiques et tout… mais à chaque fois je trouvais qu’il manquait quelque chose. Le bon monsieur dit qu’il a fait ça. Je diffuse qu’il a fait ça… néanmoins je décide d’aller voir le résultat sur le terrain parce que dire qu’on a fait ça et publier un rapport, moi ça ne me suffit pas. Et généralement quand je lis le rapport et ensuite je vais sur le terrain c’est complètement différent… Depuis lors, j’ai décidé de proposer des émissions sur le monde rural. Je dois dire qu’en commençant la radio j’ai eu la chance de connaître des grands noms comme Elikia M’bokolo et Ibrahima Baba Kaké, qui m’ont coaché à mes débuts. Parce qu’un magazine c’est complètement différent de la presse info. C’est une autre forme de journalisme. Ces personnages qui ont fait leur preuve et avec des émissions qui sont restées sur lèvre comme mémoire d’un continent par exemple. Nous avons fait un test avec ma proposition d’émission sur l’agriculture et la production agricole ; au début l’émission était programmée à 4h du matin, puis quand on a fait le sondage d’écoute on s’est rendu compte que les gens veillaient pour l’écouter… C’est dire qu’au début c’était un choix personnel mais avec le temps  la réalité s’est imposée à l’émission elle-même.

« …Les gens ont quitté leur lieu de production agricole où il n’y a plus rien et sont allés dans les lieux de consommation ; c’est-à-dire en ville dans les quartiers périphériques où il n’y’avait déjà rien… »

LCF : Vous qui côtoyez le monde rural depuis plusieurs années, vous avez dû apprécier l’impact du changement climatique sur le labeur des paysans en Afrique. Ne faudrait-il pas craindre de graves crises alimentaires au fil des ans en Afrique et surtout dans les pays sahéliens comme le Burkina Faso ? Sûrement vous avez vu des situations déplorables chez nos braves paysans, non ? Eux qui sont pourtant à la source de notre grenier… 

ST : Des situations déplorables j’en ai vu, pour la simple raison que c’est la géographie qui l’a voulu, ce n’est pas la décision d’un homme. Si vous allez au nord, c’est le sahel il y a des déficits pluviométriques, les terres sont arides il n’y a pas de végétation pour protéger la nature. Et quand vous allez au sud les terres sont meilleures il y a de l’eau il y’a une bonne pluviométrie, il y’a la nappe phréatique et tout. C’est la géographie qui veut cela. Mais bon an mal an, nos paysans connaissent ce que c’est la période de soudure. C’est ce qu’on vit actuellement. C’est-à-dire qu’on attend les nouvelles récoltes pendant ce temps les greniers sont déjà vides. Donc il faut se débrouiller pour joindre les deux bouts. Et lorsqu’on a une famille nombreuse ce n’est vraiment pas facile. Il y a des situations où des familles sont dans une situation compliquée parce qu’elles n’ont pas quelqu’un en ville pour leur envoyer de l’argent ou un parent à l’étranger pour leur envoyer un western union. Comment expliquer la pénurie… ce n’est pas simple. Il n’y a rien ! Les marmites sont vides, les greniers vides, les poches du père de famille sont vides, le sac à main de maman est vide. C’est ça la pénurie. Il n’y a rien. Et les enfants crient : maman j’ai faim ! Il faut voir certaines situations pour se rendre compte que nous sommes vraiment loin du compte. Mais quant à la dégradation du climat ; évidemment quand les choses arrivent, l’humain est comme ça, mettre toujours du temps avant de comprendre que ça arrive. Au début on ne parlait pas de changement climatique mais plutôt de sécheresse. Et c’était épisodique.  Nos grands-parents nous parlaient déjà une sécheresse qu’on appelait naaba kobga que l’on situe entre 1913 et 1919 et qui avait tout décimé. On n’avait pas idée que cela pouvait aboutir à une famine. Parce que  sous la colonisation il y’avait un service ou on stockait des vivres en cas de secours. Ça fait qu’on ne se rendait pas compte. C’est lors de la sécheresse de 1972-1974 que le problème a été mieux connu. Tu sortais, tu jetais un regard sur 10km ; parce qu’il il n’y avait pas un brin d’herbe ni rien qui te cachait la vue. Moi personnellement j’ai vu des vaches pleurer de soif. Je ne le souhaite à personne quand vous voyez ça… (Soupire) c’est effrayant comme image. En fait, le déplacement des populations ne servait à rien car si vous deviez quitter une zone où il n’y’ a rien et vous retrouver dans une zone où il n’y’a rien…vous multipliez les problèmes.  C’est alors qu’on a parlé de sècheresse. Cela a poussé les décideurs autour du président sénégalais de l’époque Léopold Senghor à créer le CILSS (ndlr ; comité inter-états de lutte contre la sécheresse dans le sahel) qui est d’ailleurs basé à Ouaga. Je voudrais dire qu’à l’époque le CILSS c’était bien pensé ; parce qu’il était composé de trois branches. On avait compris que l’aide humanitaire uniquement ne suffisait pas, il fallait réparer les dégâts causés à la nature. Donc il y’avait l’AGRHYMET qui était basé à Niamey, l’Institut du Sahel à Bamako et le grand siège à Ouagadougou. C’est dire que l’action était démultipliée dans tous les sens et comme on le disait, c’était pluridisciplinaire. Moi-même qui vous parle, j’ai participé à des camps de reboisement à ma jeunesse. Au fait ce n’était pas nouveau puisque je le faisais depuis petit car il y avait la mission catholique à Ouahigouya qui faisait des camps chantier où je participais toujours. Puis le sahel a commencé à reverdir, ça allait mieux… Et patatras, dans les années 1983-1984 on a vu arriver de gros nuages rouges que personne ne comprenait…suivis de la famine de 1984-1985 qui était accompagnée d’une épidémie de choléra, si ma mémoire ne me trahit pas. Des éleveurs ont perdu 90% de leur cheptel à cause de cette sécheresse. Il y’avait une aide alimentaire sous forme de sorgho rouge qui n’avait aucun goût mais les gens n’avaient pas le choix, il y avait la famine. Ça été vraiment un épisode qui a vraiment laissé des traces… Puis après ça allait encore mieux. Donc s’il faut prévoir des situations difficiles qui pourraient arriver, je dis oui, il le faut. Nous avons l’insécurité au sahel qui a provoqué beaucoup de déplacement des populations, je ne vous apprends rien à propos. Les gens ont quitté leur lieu de production agricole où il n’y a plus rien et sont allés dans les lieux de consommation ; c’est-à-dire en ville dans les quartiers périphériques où il n’y’avait déjà rien…. C’est dire que ces gens n’ont pas pu labourer. Ensuite nous sommes un pays importateur de vivres qui a fermé ses frontières pendant un bout de temps à cause de la COVID-19. Cela se répercute forcement sur l’alimentation des populations ; et au niveau international les pays producteurs qui sont habituellement exportateurs des produits agroalimentaires comme la chine avec son riz ou l’Ukraine avec le blé, de peur d’en manquer eux-mêmes ces pays ont interdit l’exportation. Cela fait que les experts craignent même des émeutes de la faim pour 2020-2021… moi-même j’ai déjà fait un papier là-dessus dans la presse nationale au Burkina Faso dans lequel j’ai recommandé de faire des stocks alimentaires à tous les niveaux. Du sommet à la base. C’est à dire de Kosyam à la ménagère au village. Il faut que nous fassions des stocks alimentaires parce que nous avons une économie déjà fragilisée et nous avons autant de fléaux qui se sont accumulés et chaque fléau a ses effets; et les effets de chaque fléau ont des répercussions sur les effets des autres fléaux. Donc il vaut mieux parer au plus pressé et faire des stocks alimentaires.

Le Courrier du Faso

Interview réalisée et retranscrite par Rolyzongo

2 thoughts on “Entretien avec Sayouba Traoré (1/3) : « j’ai vu des vaches pleurer de soif … »”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *