Joao Lourenco President d'Angola.
 Joao Lourenco President d'Angola.

Après trente-huit ans de règne (1979-2017), l’ancien président Jose Eduardo dos Santos qui a dirigé l’Angola d’une main de fer a passé le témoin à un autre membre du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) et issu des rangs de l’armée en la personne de João Lourenço. Mais à peine arrivé au pouvoir, le nouveau président a décidé de voir clair dans les caisses de l’Etat et l’économie trop longtemps mises au service d’une coterie.

A tort ou à raison, l’Angola peut être considéré en Afrique comme un modèle d’alternance au sommet de l’Etat. En ce que le pouvoir est passé de l’ancien président José Eduardo dos Santos à l’actuel président João Lourenço sans qu’il y ait des soubresauts politiques. Même s’il a longtemps hésité entre son propre fils José Filomeno de Sousa dos Santos et son ancien compagnon, le Général João Lourenço, avant d’être contraint par les cadres du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), la succession dynastique a été évitée. José Eduardo dos Santos ayant dû abandonner l’idée sous forte pression politique plutôt que de gaieté de cœur. Du coup, le pays a évité les successions chaotiques qui sont malheureusement légion en Afrique. Pour autant, le nouveau président João Lourenço n’avait pas à se complaire de la gestion et de l’héritage de son prédécesseur. Il ne s’est pas fait prier pour imposer sa marque.

Après avoir pris en main les rênes du pouvoir, João Lourenço s’est attaqué au talon d’Achille de l’Angola, cet autre géant africain, c’est-à-dire son économie. Basée sur la rente pétrolière dont il est un des grands producteurs, la nécessité de trouver d’autres créneaux et d’autres filières économiques s’imposaient. Si tant est que le pays ne veut pas subir à chaque fois les contrecoups des crises liées aux cours du pétrole sur le marché international. Aussi, le président angolais João Lourenço n’a-t-il pas hésité à engager le ménage dans les écuries d’Augias à lui laissées par son prédécesseur José Eduardo dos Santos. A commencer par l’entourage immédiat de celui-ci, à savoir les membres de sa famille qui ont profité du système en place pour s’enrichir.

Les dos Santos dans la tourmente

Dans une interview accordée à Radio France Internationale (RFI), Estelle Maussion, auteure de « La dos Santos company », un livre paru aux éditions Karthala, la journaliste confie ceci: « Je ne sais pas si l’on peut parler de boulimie, mais en tout cas il y a eu un sentiment assez fort en Angola en fin de règne, une sorte de perte de contrôle. C’est comme si on voulait toujours plus. C’était assez frappant dans les deux dernières années du temps de José Eduardo dos Santos comme président. Il y a eu des anecdotes. On a vu un des fils, un des jeunes fils – Danilo – acheter dans une vente aux enchères caritative, à Cannes, une montre à 500 000 euros. Cela a beaucoup frappé en Angola. On en a beaucoup parlé dans les médias. Ce que j’ai voulu montrer dans ce livre, c’est ce système de pouvoir économique, social, politique, assez incroyable, qui a été mis en place pendant tout le temps où José Eduardo dos Santos a été au pouvoir en Angola – trente-huit ans -, de 1979 à 2017. Ce système s’est mis en place dans un contexte particulier de guerre civile et ensuite il s’est développé et amplifié à partir du retour de la paix dans le pays en 2002. Cette amplification est allée jusqu’à un point, assez important en fin de règne ».

Le premier de la fratrie des dos Santos à être inquiété est Jose Filomeno dos Santos. Ancien patron du fonds d’investissement souverain angolais, il est poursuivi avec d’autres parmi lesquels l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Valter Filipe da Silva, pour avoir procédé à des détournements de fonds et du blanchiment . Montant total de la fraude dont il est accusé : 1,5 milliard de dollars. Mis en détention et remis en liberté provisoire mais sous contrôle judiciaire, son procès permettra d’élucider les accusations portées contre lui et les autres.

Au cas de Jose Filomeno dos Santos, s’ajoute celui d’Isabel dos Santos. Viré en 2017 de son poste de PDG de la compagnie pétrolière nationale, la Sonangol, elle ne pouvait pas échapper. Quand on sait l’étendue des activités qui sont les siennes et aux prises avec les affaires de l’Etat. Elle est également poursuivie pour détournement de fonds. Celle qui est considérée de l’avis de plusieurs experts comme la femme le plus riche d’Afrique, devra s’expliquer sur l’origine de sa fortune aux yeux de ses compatriotes. Ce qui n’est absolument pas pour déplaire aux nombreux Angolais qui vivent dans la pauvretéet qui se demandent pendant ce temps si c’est uniquement grâce à leurs rémunérations que ceux qui avaient la charge de gérer leurs biens communs ont accumulé des telles fortunes ou bien s’ils ont profité de leurs différentes positions pour user et abuser de l’Etat.

L’ancien président vit beaucoup plus en Espagne depuis qu’il a quitté le pouvoir. Et l’on se demande si c’est pour ne pas gêner son successeur ou parce qu’il a manifestement quelque chose à lui reprocher dans le traitement qui est ainsi fait aux membres de sa famille. eEneffet, les dos Santos pensent que ce nouveau régime leur en veut et tentent de se poser en victimes. Au point même de parler de persécution. Mais cela, ce sera bien évidemment à la justice de leur pays de le déterminer.

Lourenço et son opération anti-corruption

Dans sa campagne électorale, le président angolais n’avait pas fait de mystère. Il avait clairement promis au peuple angolais de faire de la lutte contre la corruption, son cheval de bataille. Cet ancien apparatchik du système José Eduardo dos Santos a, en effet, surpris bien plus ses compatriotes à l’intérieur du pays que les observateurs étrangers. En procédant à ce qu’on pourrait qualifier de nettoyage politique et un grand ménage àla tête des institutions, des entreprises publiques et de l’appareil sécuritaire du pays, et cela jusque parmi les proches collaborateurs de son prédécesseur et membres influents du MPLA au pouvoir. Au nom de la lutte contre la corruption, il a cru devoir faire ce que les circonstances lui commandaient sans sourciller. Peu d’Angolais s’attendaient à cela de la part de Lourenço. Mais la situation du pays le commandait pour éviter des lendemains qui déchantent

Depuis 2014, la décroissance économique commençait à inquiéter beaucoup, avec la chute des cours du pétrole.

Les milieux économiques et financiers sont presque unanimes pour reconnaître que le président João Lourenço a bien compris la nécessité de faire face au péril économique qui guettait son pays, au lendemain de son élection. Objectif principal : inverser les indicateurs de la courbe descendante en saisissant toutes les opportunités. Pour cela, il fallait diversifier l’économie du pays et éviter qu’elle ne dépende de la rente pétrolière. Ensuite, il est plus qu’impérieux pour lui de maintenir les équilibres macro-économiques. Avec un taux d’inflation qui caracolait à 47% en 2016 et qui a été réduit à 19% en 2018, il y a encore fort à faire. Surtout quand on sait que l’économie peine à renouer avec la croissance et que pour

l’année 2019, on note que le budget a bénéficié d’un prix du pétrole à 72 dollars, même si la production de pétrole sera en baisse de 1,7 à 1,5 million de barils. De l’avis des experts, l’optimisme est désormais permis pour l’Angola dans les années à venir. Ce qui a fait dire à Pedro Siza Vieira, ministre adjoint et de l’Economie du Portugal qui prenait part à la première journée de la Foire internationale de Luanda (FILDA / 2019), que l’Angola est sans doute sur le bon chemin. Et les différentes mesures du Gouvernement angolais visant à remplacer les importations, à diversifier l’économie nationale et les partenariats commerciaux aideront le pays à surmonter la crise économique.

Le temps des condamnations

La bataille juridique n’aura guère été de tout repos ni pour le gouvernement angolais ni pour les enfants de l’ancien Président Eduardo dos Santos. A la suite d’une longue procédure, le ministère public angolais a requis début juillet plusieurs peines à l’encontre des deux accusés. Pour José Filomeno dos Santos, demi-frère d’Isabel Dos Santos, il s’est agi d’une peine de sept ans de prison dans l’affaire concernant le détournement de fonds publics, trafic d’influence et blanchiment d’argent. Pour sa demi-soeur Isabel Dos Santos, ayant comparu le 30 juin avec trois complices présumés, dont l’ex-patron de la Banque centrale Valter Filipe da Silva, la justice angolaise lui reproche des détournements de fonds colossaux.

Mais pour la milliardaire et ancienne patronne de la Sonangol, tout n’est que mensonges. Elle parle de documents clairement falsifiés et un faux passeport à son nom. Le procureur général Helder Pitta, quant à lui, n’a pas écarté l’hypothèse d’émettre un mandat d’arrêt international contre elle. Il l’a évoqué à Luanda en répondant aux journalistes lors d’un point de presse en des termes à peine voilés: « Ce sont des questions de procédure comme vous pouvez l’imaginer. Je ne peux en dire plus sur le processus en cours, nous y travaillons ».

Par Jean-Claude Kabassela

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